Mont-Saint-Éloi : réduire les nitrates dans l’eau


L’eau au robinet des habitants de Mont-Saint-Éloi est puisée dans la commune. Depuis quelques mois, elle a tendance à dépasser le taux réglementaire de nitrate. La Communauté Urbaine d’Arras a réagi rapidement pour distribuer de l’eau en bouteille. Elle cherche désormais à remédier durablement au problème.

La présence de nitrates dans l’eau potable doit être inférieure à 50 mg par litre. Ce seuil a été fixé par l’État. À Mont-Saint-Éloi, des analyses récentes ont montré que la norme est parfois dépassée. Dès qu’elle en a été informée par l’Agence Régionale de Santé (ARS), la Communauté Urbaine d’Arras a organisé la distribution d’eau en bouteille. Elle concerne les femmes enceintes et allaitantes, et les nourrissons (enfants de moins de 6 mois). Clara Leyendecker, médecin au service veille sanitaire de l’ARS confirme : « Ils sont les plus vulnérables à un taux de nitrates supérieur à 50 mg/l dans l’eau potable. » Leur mettre à disposition de l’eau en bouteille est une solution à court terme. Elle sera bien sûr maintenue, tant que le taux de nitrate n’aura pas retrouvé une valeur normale stable.

Avec la municipalité, la Communauté Urbaine d’Arras a invité les habitants de Mont-Saint-Éloi a une réunion publique, pour leur détailler les mesures prises. Était également présent le directeur de la Société des eaux du Grand Arras, à laquelle la Communauté Urbaine d’Arras a délégué la gestion de son service « eau potable ».

Mener une véritable enquête

Les nitrates sont présents naturellement dans l’environnement. Ils peuvent aussi provenir de rejets d’eaux usées par des particuliers ou des entreprises, sans assainissement suffisant, ou d’activités agricoles par des apports d’engrais minéraux ou organiques. Les origines d’une augmentation du taux de nitrates sont donc multiples.

Pour bien identifier les sources du dépassement de ce taux à Mont-Saint-Éloi, la Communauté Urbaine d’Arras va mener une véritable enquête. Des petits forages (piézomètres) vont être pratiqués à des endroits stratégiques sur le territoire de la commune, en amont de son point de puisage dans la nappe phréatique. Cette zone d’alimentation en eau est couverte par un bois et des champs. La Communauté Urbaine d’Arras entretient des relations de longue date avec les agriculteurs, qui continuent de faire évoluer leurs façons de travailler, et la Chambre d’agriculture, en faveur de la protection du forage d’eau potable. Ingénieur d’études sanitaires à l’ARS, Olivier Grard le souligne : «Notre mission est de contrôler la qualité de l’eau pour protéger la santé des populations. Comme dans ce cas précis de dépassement du taux de nitrates, nous demandons à la collectivité responsable de la qualité de l’eau distribuée la mise en place des recommandations d’usage, ainsi que la réalisation d’un plan d’action, pour rétablir la qualité de l’eau. Hormis les nitrates, la qualité de l’eau du robinet à Mont-Saint-Éloi est tout à fait bonne. »

Modes de production d’il y a 25 ou 30 ans

L’eau descend dans le sol à raison de plusieurs dizaines de centimètres par an. Son pompage à Mont-Saint-Éloi étant réalisé à environ 20 mètres de profondeur, les nitrates qui s’y trouvent peuvent être le résultat de modes de production agricole datant d’il y a 25 ou 30 ans ! Preuve que ceux actuellement mis en œuvre ont un impact plus faible, le taux de nitrate aux autres points de captage du territoire de la Communauté Urbaine d’Arras ont maintenant tendance à baisser ou à stagner.

En outre, l’eau souterraine contenant des nitrates ne connait pas les frontières communales. Elle peut venir de bien plus loin, au nord-est de Mont-Saint-Éloi.

Le bassin d'alimentation du captage de Mont-Saint-Éloi (zone achurée) est couvert de champs et de bois.

Réseau aujourd’hui indépendant

Le réseau d’eau potable de Mont-Saint-Éloi est aujourd’hui indépendant. C’est-à-dire que l’eau est puisée uniquement sur son territoire et consommée exclusivement par ses habitants. Cette situation créée une fragilité. À l’avenir, compte tenu d’un risque de sécheresse plus fréquent à cause du changement climatique, il n’y aurait pas de solution pour les habitants de la commune, au cas où leur puisage serait à sec. Pour parer cette éventualité, la Communauté Urbaine d’Arras étudie la connexion du réseau d’eau potable à celui de Marœuil, alimenté par le captage de Méaulens. Cette eau moins chargée en nitrates en fera automatiquement baisser le taux dans l’eau de Mont-Saint-Éloi, à laquelle elle serait mélangée.

Travaux en fin d’année sans impact sur la facture des usagers

Les travaux devraient avoir lieu à la fin de cette année, pour une durée de quatre à cinq mois. L’interconnexion, dont le tracé définitif est à l’étude, s’établira sur trois kilomètres environ. Réaliser cette liaison d’un peu plus de 3 km entre réseaux n’aura pas d’impact sur la facture des usagers. L’investissement, estimé à 755 000 euros HT, sera pris sur le budget « eau » de la Communauté Urbaine d’Arras.

Par ailleurs, des contacts sont pris avec l’Agence de l’eau en faveur d’une meilleure qualité de l’eau dans la commune, par la mise en place d’une opération de reconquête de la qualité de l’eau (Orque).