Le Moulin Rouge de Thélus


Le territoire de la Communauté Urbaine d’Arras et la commune de Thélus se trouvent au cœur des sites majeurs de la Première Guerre mondiale.

La découverte et la mise en valeur des vestiges du Moulin Rouge est aujourd’hui un trait d’union entre ces différents lieux : le cimetière allemand de la Maison Blanche, le Monument des Fraternisations, les Tours de Mont-Saint-Éloi, le parc commémoratif du Canada de la Crête de Vimy…

En parallèle de la mise en œuvre de ce projet, Alain Jacques, archéologue directeur du service archéologique de la Ville d’Arras et pionnier de « l’archéologie de la Grande Guerre » a effectué des recherches documentaires pour localiser précisément le lieu des Fraternisations racontées par Louis Barthas.

Les fouilles sur le site du Moulin Rouge

Entre 2013 et 2015, la Communauté Urbaine d’Arras a été le maitre d’ouvrage du Monument des Fraternisations érigé à Neuville-Saint-Vaast. Un lieu dédié aux soldats ennemis ayant partagé des moments de paix durant la Première Guerre mondiale. À l’époque, Christian Carion, cinéaste, réalisateur de Joyeux Noël avait souhaité concrétiser le vœu du caporal Louis Barthas qui a raconté, dans ses Carnets de Guerre les Fraternisations.

Ce monument a été inauguré le 10 décembre 2015 en présence de François Hollande, président de la République.​

En parallèle de la mise en œuvre de ce projet, Alain Jacques, archéologue directeur du service archéologique de la Ville d’Arras et pionnier de « l’archéologie de la Grande Guerre » a effectué des recherches documentaires pour localiser précisément le lieu des Fraternisations racontées par Louis Barthas.

Les fouilles ont été menées en 2015 à Thélus, sur le site dit du Moulin Rouge. Elles ont permis de dégager les fondations du moulin et de divers ouvrages d’exploitation ainsi que les traces de tranchées allemandes et françaises et un abri bétonné. À proximité du site du Moulin, les archéologues ont aussi exhumé plus de 30 corps de soldats allemands, français et canadiens.

La mise en valeur du Moulin Rouge

Avec la participation financière de l’État, du Département du Pas-de-Calais et de la commune de Thélus, la Communauté Urbaine d’Arras a décidé de valoriser ces découvertes archéologiques. Dans l’esprit d’un champ de bataille sur lequel la nature a repris ses droits, deux haies de buissons symbolisent les deux lignes de tranchées. Entre les deux, comme le no man’s land sur lequel les soldats ont fraternisé, les vestiges du moulin sont reproduits. Fidèles à ce qui a été retrouvé par les archéologues, un puits et les ruines d’une construction accueillent le visiteur et le mènent au moulin devenu promontoire qui permet d’observer le paysage et les lieux de mémoire environnants.

Ce lieu volontairement simple peut être vu comme un point de départ ou un point d’étape pour les visiteurs qui viennent découvrir les sites de mémoire.

En 2018, dans la région Hauts-de-France, près de 2,5 millions de visites ont été enregistrées sur des sites et lieux de mémoire des dernières guerres. La carrière Wellington a, quant à elle, reçu près de 80 000 visiteurs.

L’histoire du Moulin

Le 5 octobre 1914, les Allemands y prennent position dans leur progression vers Arras. Ils sont stoppés dans la plaine entre Thélus et Écurie. Le moulin est ensuite détruit puis fortifié comme en témoigne l’abri bétonné retrouvé en son cœur.

En octobre 1915, les Français reprennent du terrain mètre après mètre et prennent possession du moulin. Les soldats du 280e Régiment d’Infanterie, et notamment Louis Barthas, passent au Moulin. « Notre compagnie alla occuper une tranchée de deuxième ligne appelée Tranchée du Moulin. Il y avait effectivement un moulin dans ces lieux mais je ne m’en aperçus que trois jours après par quelques débris de briques qui jonchaient le sol, mêlés à de la boue. C’est le meunier qui fera une tête lorsqu’il reviendra ! »  

Le 10 décembre 1915, à proximité de cette tranchée, Louis Barthas participe aux fraternisations qui lui inspireront ces mots : « La même communauté de souffrances rapproche les cœurs, fait fondre les haines, naître la sympathie entre gens indifférents et même adversaires. […]
Français et Allemands se regardèrent, virent qu’ils étaient des hommes tous pareils. Ils se sourirent, des propos s’échangèrent, des mains se tendirent et s’étreignirent, on se partagea le tabac, un quart de jus ou de pinard.
[…]
Qui sait ! Peut-être un jour sur ce coin de l’Artois on élèvera un monument pour commémorer cet élan de fraternité entre des hommes qui avaient l’horreur de la guerre et qu’on obligeait à s’entretuer malgré leur volonté. »

De janvier 1916 à avril 1917, les soldats canadiens occupent la tranchée du moulin. C’est de là qu’ils partent à l’assaut de Thélus le 9 avril et reprennent le village comme en témoignent plusieurs monuments et cimetières dans la commune.

Après la guerre, le meunier ne reviendra pas s’installer et peu à peu le champ de bataille est remis en culture, en conservant ensevelis les corps de milliers de soldats tombés ici durant 30 mois.

Photos : Valérie Laforge – Communauté Urbaine d’Arras